Je l'ai regardé...

Par Annie Ernaux, écrivaine, 2020
Court-métrage Une vie toute simple

« Je l'ai regardé avec l'impression terrible de retraverser le monde, ou ce qu'il m'en resterait au moment de le quitter, toutes les phrases, assertions, désirs, vérités générales, autour de moi et tous les visages, toutes les postures corporelles, expressions du visage. Quelle puissance dans ce court film ! Vous avez raison de le protéger, il est unique. Dérision ou non, « Je veux jouir de ma vieillesse ». »

À mon sens...

Par Claude Lorent, critique d'art, 2020
Court-métrage Une vie toute simple

Court métrage Annick Blavier

« À mon sens, il correspond exactement et très sensiblement, humainement, à l'intention de l'auteur, et l'association des propos et des images, un processus créatif original, s'inscrit parfaitement dans la ligne de conduite artistique générale de l'artiste. Il est à mon sens également en résonance avec l'état actuel de nombreuses personnes dans la société qu'est la nôtre aujourd'hui. »

Mode d'emploi aléatoire

Par Serge Meurant, 18 décembre 2011
Court-métrage Le contraire de faire un drame

Court métrage Annick Blavier

« La vidéo d'Annick Blavier est constituée de fragments. Chaque séquence, brève ou longue, est séparée par un noir. Rythme visuel et sonore car le son est aussi important que l'image (bruits de moteur, du vent, chants d'oiseaux, etc.).

« Le film est conçu comme un jeu de construction dont le point de départ pourrait être le paveur. Il s'agit de travaux de consolidation de la digue d'Ostende contre la menace d'une tempête. Noir. Une jeune fille manœuvre un cerf volant qu'on ne voit pas. Le cadre est celui de l'horizontale. Noir. Un couple s'étreint et s'avance dans la mer. Beauté d'un tourbillon rapide. Noir. Gros plan d'une bouche de femme qui prononce des mots inaudibles. Noir. Sur un écran d'ordinateur portable, le dialogue flou d'un couple, droit sorti d'une série, le tout situé dans un train qui roule à grande vitesse. Extérieur des murs d'un tunnel. Jeu de boîtes. Noir. Un chimpanzé dort sur de la paille. Émotion. Noir. Effets de filtre. Des poissons se découpent dans l'eau verte d'un aquarium géant. De grands arbres se profilent à l'arrière. Mystère. Noir. Une enseigne — étoile de métal — pivote sur le toit d'un building. La lune luit dans la nuit. Jeu de miroirs. Noir. Chacune des pièces de la mosaïque recèle un mystère, celui d'un regard. »

Petites histoires en décalage

Par Édith Mahieux, 2010
Court-métrage Petites histoires en décalage

Court métrage Annick Blavier

« Au moment-même où l'Allemagne, renaît de son cœur déchiré, un heureux hasard amène Annick Blavier à s'installer à Berlin pour cinq mois, au printemps 1990. À cette époque, bien que le mur soit enfin tombé, la capitale allemande est encore pleine des traces de cette entaille à vif. Les deux côtés de la ville doivent réapprendre à vivre ensemble. Et rien n'est moins évident après 40 ans de séparation. De ce séjour, elle emportera des souvenirs, des clichés-témoins de ce moment d'Histoire... 19 ans après, c'est avec sa caméra, cette fois, qu'elle s'apprête à redécouvrir la ville.

« Hiver 2009. En traversant des champs d'éoliennes éclaboussés de neige, nous sommes invités à retourner sur les lieux avec elle. Et presque tout y est dit. L'atmosphère fantomatique de ce paysage nous guide vers un lieu de mémoire, là où la petite histoire rejoint la grande.

« Une fois sur place, le regard d'Annick Blavier semble captivé par l'incroyable métamorphose de la ville. Comment ne pas l'être ? Les bâtiments à la pointe de l'architecture moderne se dressent avec panache sur la Potsdamerplatz. La gare centrale est resplendissante, la lumière se reflète dans son armature de verre et se transforme en une étincelle de modernité.

« Voleuse d'images en quête de temps suspendu, sa caméra capture le quotidien de cette ville mystère : un cerf-volantiste danse au gré de son dragon du ciel, un ralenti magique effleure une petite fille à la grâce d'une patineuse artistique et le sigle de Mercedes Benz tourne avec lenteur dans la beauté de la nuit, s'imposant comme le phare d'une ère nouvelle.

« Aux témoignages de quelques habitants d'aujourd'hui ayant vécu plus de 30 ans à Berlin, à l'Est comme à l'Ouest, viennent se superposer ces images éthérées. L'intéressant travail sur l'agencement son/image d'Annick Blavier nous permet de faire revivre le passé par la voix tout en explorant le présent. Et ainsi, ne touche-t-on pas l'inconscient de la ville ? À son âme ?

« Annick Blavier semble vouloir nous montrer que, derrière cette transformation à couper le souffle, Berlin reste une ville de fantômes. Le mur dans les têtes, comme les habitants aiment le rappeler, Ossies et Wessies continuent de se chercher.

« Et moi, après m'être doucement laissée entraîner par la vidéo, j'aime m'imaginer Berlin à l'image de ces deux corps serrés dans le S-Bahn, ils s'agrippent d'une poignée de main pour ne pas tomber : quelle image plus juste pour une Allemagne réunifiée ? »

Si le fil s'est cassé...

Par Serge Meurant, 2009
Court-métrage Le fil s'est perdu

Court métrage Annick Blavier

« Si le fil s'est perdu, comme libellule dans l'éclat de l'eau, dans la succession des images minuscules, dans les nuages de scènes quotidiennes, presque des clichés mais teintées d'un humour ne suscitant pas le rire des moines zen, mais le fin sourire presque impassible de bouddha, nous avons goùté le parfum volatile d'un voile presque aérien troué par le regard des monstres modernes. Merci pour cet éloge qui se compte en secondes d'une oeuvre modeste mais accomplie. »

Paradoxes et proximités

Par Jacqueline Aubenas, 2009
Court-métrage Villes fragments

Court métrage Annick Blavier

« Quatre villes et quatre séquences, nommées, chapitrées, situées dans le temps, diversement ponctuées de citations, toutes précédées de quelques sons et images qui les annoncent. Et, a contrario, cette structure répétitive et raide s'ouvre sur une totale liberté, simple encadrement, bâti comme la charpente d'une maison, construction pour un regard qui vagabonde dans ce que chacune peut offrir en écho ou résonance subjective et qui capte ce qu'elles ont de singulier.

« Un film comme un carnet de notes, d'impressions de voyage, de brèves perceptions de ce qui les définit ces villes, petites phrases visuelles montées en kaléidoscope et pourtant jamais le «je» n'est dit mais, au contraire là aussi, diffracté, dispersé dans d'autres « je », voix off multiples qui, à la première personne font parler la ville, disent leur rapport avec elle, porte-parole de la cinéaste, doubles fragmentaires.

« Apparemment un « documentaire », une vidéo qui se fonde sur le réel, sur des images de paysages urbains, maisons, rues, fleuves, façades, vitrines, monuments... Et subrepticement la fiction est là, portée par des morceaux d'histoires, développées comme à Paris ou juste effleurées, glissées dans le détour d'une phrase comme à Rome, deux villes romanesques alors que Berlin et Bruxelles sont perçues dans la brutalité de leur destruction, celle historique du mur ou celle des éternels chantiers qui mutilent Bruxelles mais, là aussi, la réalité se fait récit, se prolonge en album photographique feuilleté et énigmatique ou se raconte dans la nostalgie du disparu, des souvenirs d'auto-fiction.

« Aussi fortes que les paradoxes, les proximités. La première, les transports urbains qui les traversent toutes les quatre les quadrillent, les découvrent dans le ciel ou dans la terre. Métros, autobus, trams, ils font circuler le regard dans la banalité voulue de trajets qui offrent des percées, des fragments de réalité qui balaient les vues fixes et obligatoires des cartes postales. Dans ces fragments, le sentiment du « générique » n'a pas besoin d'images convenues et attendues. Elles sont là, en plus, au détour d'un plan, mais le sentiment de connaissance ou de reconnaissance est porté d'abord par les sons, les bruits. Ferraillement des trams bruxellois, fermeture des portes des métros parisiens, brouhahas des foules romaines. Ou par un pont, un ciel, des gravats qui disent la géographie sans que l'on ait besoin de Tour Eiffel ou d'Atomium.

« Il y a aussi un rassemblement autour de la mémoire. Ce qui s'est passé n'est ni oublié ni oubliable. Cicatrices ou traces, il est présent. Qu'elles le veuillent ou non les villes en portent les stigmates glorieux ou honteux, lointains ou proches. Et l'Histoire fait partie d'un réseau de connivences implicites et partagées. On sait. Le film n'a pas besoin de dire beaucoup. Juste parfois dans un son, une voix de rappeler les hasards et les arbitraires des évènements, les ruines ou les survies.

« Et les corps ou plutôt l'absence de corps. Sans visage. La partie pour le tout. Les pieds, les mains d'anonymes voyageurs. Un dos parfois, une silhouette et encore floue. Le propos n'est pas de montrer, d'imposer une personne fut-elle furtive. Elle ferait écran, forcerait l'attention ne fusse qu'une seconde. On entend des villes, on les voit dans leur nudité. Ce sont elles les personnages. Elles se montrent et Annick Blavier les a vues et entendues. »

La caméra d'Annick Blavier...

Par Aurélie Barre et Olivier Leplatre, 2005
Court-métrage Séduire/Seducere

Court métrage Annick Blavier

« La caméra d'Annick Blavier, presque immobile, fixe, en suivant le long évènement courbé, une rencontre fortuite et passagère : dans le ciel réinventé, le croissant d'une lune traverse la Tour Eiffel, une nuit d'automne.

« Nous sommes témoins d'une séduction préparée depuis les marges, complotée comme un glissement jusqu'au moment de sa jouissance, un coup de théâtre éclaboussé d'étincelles.

« Quoique légèrement à l'écart et de très loin, quelque chose d'autre a lieu, auprès de nous, bougeant dans un souffle tout juste audible : l'histoire de la ville en fond sonore.

« Se laisser porter par la lenteur si languissante qu'elle semble venue d'ailleurs, se laisser séduire et conduire à l'écart, mené par la paresseuse et fébrile attente, l'œil saisi par le mouvement d'éventail d'une lune à travers des mailles de fer. »

Court métrage Annick BlavierCourt-métrage Une vie toute simple1/6
Court métrage Annick BlavierCourt-métrage Le contraire de faire un drame2/6
Court métrage Annick BlavierCourt-métrage Petites histoires en décalage3/6
Court métrage Annick BlavierCourt-métrage Le fil s'est perdu4/6
Court métrage Annick BlavierCourt-métrage Villes fragments : chapitre I5/6
Court métrage Annick BlavierCourt-métrage Séduire/Seducere : conduire à l'écart6/6
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