L'affiche de théâtre contemporaine en Communauté française (extrait)

Par Françoise Bernardi
« Art Mémoires », mars 2001

« Annick Blavier (1952-) est certainement l'une des principales personnalités marquantes dans le monde de l'affiche dans les années 80. Dès 1984, le Varia nouvellement créé fait appel à Annik Blavier, artiste peintre, pour la réalisation de ses affiches. Elle est complètement indépendante au théâtre, elle se base sur la lecture des pièces et ses rencontres avec les metteurs en scène. Les affiches d'Annick Blavier sont conçues comme de véritables tableaux où dominent toujours les coups de pinceaux et la couleur dans un style expressionniste. Le principe repose sur le camouflage d'une image photographiée puisée dans des magazines divers. Elle établit un jeu entre la photographie quasiment recouverte et dissimulée par les éléments picturaux. Si dans ses premières affiches, comme Dans la jungle des villes (1984), la peinture reste fortement soumise et disciplinée par rapport à la photographie initiale, ses réalisations suivantes comme La danse de mort (1988) affirment une plus grande indépendance de la peinture, de larges coups de pinceaux, une sorte d'impulsion et de force expressive.

Annick Blavier - Affiche

« Les peintures d'Annick Blavier s'accordent avec la clarté que nécessite l'affiche puisqu'elles se limitent toujours à la présentation d'un ou deux personnages. L'intervention de la peinture dans ces photographies placent ces personnages hors du temps, ils sont dans des lieux indéfinis. Quelques éléments de costumes donnent une vague orientation quant au sujet, à l'époque de la pièce. Une part de l'interprétation de ses affiches vient aussi de la disposition des personnages : un souverain qui trône, un couple qui se bat, un autre qui s'enlace. Son art ne réside pas dans le choix de la photographie mais dans celui de traiter ce support, de le transformer. Elle part toujours de la figuration pour très vite s'en éloigner et tendre vers des domaines qui relèvent plus de l'expressionnisme abstrait. Patrice Junius et Stefan Loeckx sont deux graphistes successifs qui ont mis en affiches les peintures d'Annick Blavier, ils ont introduit les différents éléments textuels avec toujours un respect pour l'œuvre picturale. »

Des images, à côté

Par Michèle Fabian
Exposition au Théâtre Varia, 1989

Annick Blavier - Affiche

« Ce Néron qui pourrait être une Agrippine raconte bien l'histoire d'un homme pris dans le corps inquiétant de la mère. Les trois personnages de La Cerisaie, placés ainsi sur le pas d'une porte, ils partent ou ils accueillent ? En tous cas, l'Histoire, visiblement fait bloc et les barre à droite, mais eux ne le voient pas, tournés qu'ils sont vers la gauche, c'est-à-dire le passé, avec des sourires et pas des regards.

« Souvent, il n'y a pas d'yeux dans les visages : vers où regarde la fille d'Indra mêlée à son Poète ? J'aime que ce douloureux voyage initiatique à travers la souffrance humaine soit ici raconté comme une fuite : c'est vrai, avancer quelque part, c'est quitter quelque chose.

« Ambiguïté de ces images, toujours : le rideau (de théâtre ?) lourd et léger comme un destin indifférent ne sert même pas à voiler ou à dévoiler le couple en position d'amour ou de viol, il plane, tout simplement.

« Richesse. Les images d'Annick Blavier ne « viennent » pas du spectacle, ce ne sont pas des prélèvements : portraits d'acteurs, gestes, attitudes, photos de plateau, comme on le ferait d'une biopsie. Elles sont là pour elles-mêmes, à part entière, comme témoins d'une lecture au sens le plus fort du terme, c'est-à-dire d'une rencontre violente entre l'imaginaire d'un texte et celui d'une personne, ici, le peintre.

« Dramaturgie et mise en scène tout à la fois, dans l'immobilité et en deux dimensions. Annick Blavier n'illustre pas le théâtre, elle place ses images à côté... et c'est bien la position de l'affiche, qui n'est pas là pour remplacer le théâtre, mais pour nous y amener.

« Une phrase de Gilles Aillaud semble écrite tout exprès : « En bref, c'est précisément parce que les tableaux sont des images et ne sont que des images, et non des choses, qu'ils peuvent nous conduire aux choses elles-mêmes ». Au théâtre par exemple... »

Annick Blavier - AfficheImage : Annick Blavier
Graphisme : Patrice Junius
1/2
Annick Blavier - AfficheImage : Annick Blavier
Graphisme : Patrice Junius
2/2
×