Le défi m'a plu: la rue et son contexte dur, la palissade de la place Flagey, le très grand format demandé, avec tous les aléas de l'agrandissement, de la reproduction en labo et de ses contraintes techniques.
Un sujet à aborder: le livre, la lecture, les citations d'auteurs. Ne pas travailler en termes de communication: simplement essayer de construire de petites fictions à partir d'une phrase, ou d'une citation, sans tomber dans l'illustration, ni la légende, accompagner un texte, rester dans la singularité d'une approche, la mienne, au risque de passer pour étrange au vu du quidam qui passe le long de la palissade. Le possible porte-à-faux? Amour de la littérature, plaisir de la rencontre et du dialogue avec l'autre: les écrivains. Fragments, détails imprimés agrandis, opposition entre éléments hétérogènes, importance de la déchirure qui rompt avec une certaine violence le rapport à l'histoire, travail sur la mémoire, les déplacements de sens, tentative d'introduire un peu de fiction dans notre quotidien, court-circuiter la réalité... Images et textes en décalage.
Annick Blavier
J'aime travailler avec Annick Blavier. Ses affiches me touchent, me parlent d'ici et d'ailleurs, de rêve et d'engagement, de la vie quotidienne et du sens de l'Histoire.
Entre nous: une complicité exigeante, où les mots, leur sens et leur musique, sont aussi importants que l'image. Une réflexion commune, chacune s'exprimant sur le travail de l'autre. Le plaisir du partage littéraire. «Transfontalière»: on a dit cela de moi aussi. La place Flagey: un lieu frontière, en chantier, ouvert aux possibles, où se téléscopent des mondes très divers. La ville nous regarde, nous regardons la ville.
Caroline Lamarche